Cliquez ici pour télécharger la lettre d’information au format PDF
Martine Carrillon-Couvreur : « Le handicap oblige à regarder la société autrement »
Ancienne députée et marraine de la charte Romain Jacob dans la Nièvre, Martine Carrillon-Couvreur, a consacré une large part de son engagement politique aux questions du handicap et plus largement aux situations de vulnérabilité. De l’accès aux soins à l’accessibilité des villes, en passant par la reconnaissance du handicap psychique, elle revient sur des combats menés au long cours, souvent discrets, mais essentiels pour faire évoluer les pratiques et les mentalités.
Un “parlement” du handicap pour faire avancer les droits
Martine Carrillon-Couvreur connaît bien Pascal Jacob. Leur collaboration s’est nouée au sein du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), instance créée par la loi de 2005 et souvent décrite comme le « parlement des personnes handicapées ». Pendant plusieures années, élus, représentants associatifs et experts y travaillent à formuler des propositions concrètes pour faire évoluer les lois, les dispositifs et les réponses apportées aux personnes en situation de handicap.
« C’est un secteur extrêmement vaste, avec des initiatives parfois méconnues mais remarquables », souligne l’ancienne députée, qui garde de cette période un souvenir « très enrichissant ».
L’accès aux soins, un combat transversal
Parmi les sujets majeurs abordés, l’accès aux soins occupe une place centrale. Un combat porté avec constance par Pascal Jacob, notamment à travers la Charte Romain Jacob, élaborée à partir de son expérience personnelle de parent d’un enfant polyhandicapé.
« Tout le monde savait que l’accès aux soins était compliqué, mais on ignorait souvent ce qui existait déjà et comment améliorer les pratiques localement », explique Martine Carrillon-Couvreur. La charte, présentée et signée dans de nombreux hôpitaux, dont celui de Nevers au début des années 2010, visait à poser un cadre commun. Faute de pilotage et de suivi dans la durée, certaines dynamiques se sont toutefois essoufflées, constate-t-elle aujourd’hui.
Accessibilité : des avancées concrètes, mais inégales
Autre chantier majeur : l’accessibilité. Des bâtiments publics aux logements, en passant par la voirie, les transports, les sites internet ou les bureaux de vote, les obligations issues de la loi de 2005 ont mis du temps à se traduire dans les faits. Les agendas programmés d’accessibilité (ADAPT) ont permis de planifier les travaux, sans pour autant gommer les disparités territoriales. Ces agendas sont toujours d’actualité.
À Nevers, l’ancienne élue se souvient d’un combat emblématique : l’accès à la mairie. « Lors de l’inauguration de l’ascenseur intégré dans le perron de la mairie, un homme âgé d’une cinquantaine d’année en fauteuil roulant nous a déclaré : “C’est la première fois que je rentre dans la mairie.” C’était très fort. »
Faire reconnaître le handicap psychique
Au CNCPH, Martine Carreillon-Couvreur a aussi tenu à mettre en lumière un champ longtemps négligé : le handicap psychique. « Il était souvent confondu avec le handicap mental, sans réelle connaissance de ses spécificités. » Elle a soutenu le travail d’associations spécialisées, tel que Messidor, et contribué à faire émerger des propositions aujourd’hui mieux reconnues.
Toujours engagée, autrement
Si elle n’exerce plus de mandat, l’ancienne députée continue de suivre de près les questions liées au handicap. Elle travaille actuellement sur un ouvrage qui porte une réflexion sur le choix des mots pour parler du handicap avec les personnes concernées ou leurs familles, pour accompagner le processus de résilience dans les étapes décisives de leur parcours de vie. « Selon la manière dont les choses sont dites, cela peut soit enfermer, soit ouvrir un chemin. »
Un fil conducteur traverse l’ensemble de son parcours : « Le handicap oblige à repenser nos organisations, mais surtout notre regard. Et ce travail n’est jamais terminé ! ». En faisant avancer ces sujets cela permet de diminuer les vulnérabilités d’un plus grand nombre et d’éviter les sur-handicaps, en plaçant les personnes au centre des décisions qui les concernent.
Cliquez ici pour télécharger la lettre d’information au format PDF
